Le Niger au festival Mondial des arts nègres 1966

Le Niger au Festival mondial des Arts nègres

Dans le cadre de la commémoration des 60 ans du Festival mondial des Arts nègres (FESMAN), actuellement célébrée à Dakar, il est utile de revenir sur la participation du Niger à cet événement historique consacré à la valorisation des cultures africaines et afro-descendantes. Le festival s’est tenu à Dakar, au Sénégal, du 1er au 24 avril 1966 et a constitué un événement sans précédent dans l’histoire culturelle du continent africain.

Pour le Niger, ce festival représentait une occasion unique de contribuer à l’affirmation de la culture africaine et de mettre en lumière l’apport des cultures du continent à la culture universelle. Cette participation s’inscrivait également dans une dynamique d’échanges entre les pays africains, permettant à chaque nation de découvrir les traditions, les expressions artistiques et le patrimoine culturel de ses voisins.

Le folklore nigérien au cœur du festival

L’un des moments les plus marquants de la participation du Niger fut la prestation de l’ensemble folklorique nigérien. Comme l’expliquait Djibrilla Hima, directeur de la délégation nigérienne, cette présence répondait à une volonté de contribuer à l’affirmation de la personnalité culturelle africaine et de participer à un échange culturel entre les nations du continent.

La délégation artistique était composée de 58 acteurs venus de différentes régions du Niger. La plupart n’étaient pas des professionnels de la scène. Il s’agissait essentiellement de jeunes issus du monde rural, agriculteurs, artisans ou ouvriers, sélectionnés lors de la Semaine nationale de la jeunesse nigérienne.

Cette manifestation annuelle, organisée chaque année au mois de décembre, rassemble les mouvements de jeunesse autour d’activités sportives et culturelles. Elle permet notamment d’identifier les meilleurs talents en danse, chant et expression artistique, qui sont ensuite appelés à représenter le pays lors de grandes manifestations culturelles.

Une présence artistique diversifiée

La participation du Niger au Festival mondial des Arts nègres s’est exprimée à travers plusieurs formes d’expression artistique et culturelle.

L’exposition d’arts et d’artisanat

Le Niger a présenté une exposition d’arts contemporains mettant en valeur différents éléments de son patrimoine culturel. Le stand nigérien exposait notamment des tissages traditionnels, des poteries, des objets d’artisanat ainsi que des œuvres provenant du Musée national du Niger.

Ces créations, réalisées par des artisans et des ouvriers spécialisés, illustraient la richesse et la diversité des savoir-faire traditionnels du pays.

La contribution littéraire

La participation nigérienne comprenait également la présentation de plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire et à la culture du pays. Parmi les publications exposées figuraient :

  • un ouvrage de Boubou Hama intitulé Enquête sur les fondements et la genèse de l’unité africaine, publié en 1966,
  • un livre photographique d’Henry Brandt Les Nomades du soleil, publié en 1956 et consacré à la vie des Peuls Bororo,
  • le livre Le Niger, pays à découvrir d’Andrée Claire, paru en 1965.

Ces publications ont contribué à faire connaître au public international la société nigérienne et la richesse de son patrimoine culturel.

La participation cinématographique

Le Niger était également présent dans la section cinématographique du festival. Plusieurs films y ont été présentés :

  • Des films de Jean Rouch, figure majeure du cinéma ethnographique.
  • Le réalisateur nigérien Moustapha Alassane y a également présenté un film d’animation intitulé Bon voyage Sim, réalisé en 1966. Ce film satirique, qui évoque avec humour le protocole et le faste entourant les nouveaux dirigeants africains de l’époque, est souvent considéré comme l’une des premières œuvres d’animation d’Afrique subsaharienne.
  • Un film culturel produit par le service de la presse écrite et filmée de la République du Niger a également été présenté dans le cadre du festival.

Cette présence cinématographique a contribué à faire connaître l’émergence du cinéma nigérien et son rôle dans la diffusion des cultures africaines.

Une contribution à la reconnaissance de l’art africain

Au-delà de sa participation artistique, la présence du Niger au Festival mondial des Arts nègres s’inscrivait dans une réflexion plus large sur l’art africain et sa place dans le monde.

Le festival a permis de dresser un bilan du patrimoine artistique africain, depuis les créations anciennes jusqu’aux formes modernes. Il a également contribué à renforcer la confiance des peuples africains dans leurs valeurs culturelles et à affirmer la place de l’art africain dans le patrimoine culturel universel.

À cette occasion, Boubou Hama déclarait :

« Ce qui est fait à Dakar est d’une grande importance, non seulement pour l’art nègre en tant que tel, mais pour le continent africain tout entier.

La négritude a été un moyen de combat anticolonialiste. Elle a permis de redonner à l’Africain, et particulièrement aux peuples noirs, confiance en lui-même et en ses valeurs humaines. Elle l’a aidé à lutter contre un système colonial qui tendait à effacer sa personnalité.

Aujourd’hui, comme l’a dit Césaire, nous entrons dans une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de défendre la négritude, mais de conserver notre conception de la vie, de renforcer notre art, d’y exprimer nos émotions propres et de l’engager dans la vie. L’homme noir qui se réalise devient ainsi le frère des autres hommes. »


Source :
Le Niger au Festival mondial des arts nègres de Dakar, Archives Radio Pro, INA, 1966